Une heure à tuer

Publié le par Eryn

Ecriture brute, une heure d'attente dans un café. (Paris, il y a longtemps)


Une heure de silence au milieu du bruit, à vider mon esprit de toute invraisemblance.
Ni le lieu ni la place pour une respiration zen, ça vaudrait pourtant le coup, on m’avait dit que c’était fait pour ça. Juste la seule chose efficace dans mon cas. Alors je tente de décrocher la pensée du reste de moi, jaugeant de l’extérieur le trop plein d’adrénaline qu’il me faut contraindre.
Le café ne va pas beaucoup m’aider, mais son goût me plait trop pour avaler autre chose.
Avaler des couleuvres, tiens, essayer de me duper pour avoir la paix ! Rien qu’une heure, voilà, juste une toute petite heure de paix loin de moi.
Le temps, côté ciel, se dégrade. J’ai les mains indubitablement bleues, plissées comme la peau d’une vieille pomme. Quelle élégance ! Je n’ose imaginer la teinte de ma figure…
 
Regardons plutôt les gens. Il y a de tout, dans tous les styles, mais ça ne les empêche pas de se ressembler. Je suppose que je fais partie du tableau.
Les tasses à café sont minuscules, je fais traîner un peu, une cigarette, deux, avant d’en commander un autre. Une pleine cafetière pour tenir une heure ! Ils ne doivent pas servir ça. Le garçon revient par ici, je vais me laisser tenter… Il a le sourire c’est au moins ça de gagné.
Je fais provisions de sourires. La femme dans le train, pas osé lui dire que je l’ai trouvé belle, lumineuse. Un grand sourire franc, le regard qui va avec. J’ai pris ça comme un cadeau. J’ai pas l’air comme ça, mais souvent j’en donne, j’en offre, de ces sourires pour rien, pour tout. Ils ne savent pas toujours accepter. Ont l’air de trouver cela douteux. Louche. Equivoque ?
 
L’équivoque me plait, mais pas toujours dans ces moments là. Celle qui m’anime aujourd’hui, celle là, oui. Dangereuse et féroce. Elle finira par m’avoir.
Une heure, j’ai dit. Je ne vais pas me tuer avec.
 
De toute manière le temps passe. L’heure bat de l’aile. Je finirai par en voir la chute. Son agonie ne fera pleurer personne. Moi peut-être, si elle a la mauvaise idée de se prolonger ; de renaître de ses cendres !
 
Sur quel ton va-t-on se dire bonjour ? Pourvu que je ne le vois pas venir.
Qu’il me surprenne le nez dans l’écriture, sans me laisser le temps d’ajuster mon regard…
 
…c’était pas la peine que je m’enfume les yeux ! Manquait plus que ça, je vais ressembler à un lapin russe…
 

Il n’y a pas que moi que ma fumée dérange. Mon voisin de table a tenu cinq secondes. J’avais pas envie d’un voisin de table. Ma cigarette y gagne un délicieux goût de barricade.

 

Publié dans contreaddictions

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article