Déambulation

Publié le par Eryn

Elle marchait d’un pas ferme et régulier, sans paraître pressée pour autant. Les rues étroites offraient une ombre sans fraîcheur, à peine reposante, comparée à la canicule qui s’écrasait en flaques brutales et moites sur chaque place dépourvue d’arbres. Ni les larges auvents des cafés et restaurants, étirant leur parcelle de fauteuils cannés aux couleurs vives jusqu’à la limite extrême de la chaussée, ni les multiples fontaines dont s’ornait le centre de chacun de ces carrefours piétonniers ne prodiguaient plus le moindre apaisement. Sans avoir prémédité un itinéraire précis, elle s’était écartée du chemin logique, préférant la fatigue d’une plus longue marche à l’harassement d’un court trajet en plein soleil. Le cœur d’un quartier inconnu – à peine un faubourg , plutôt une poignée de bâtisses reliées par le réseau biscornu de quelques rues – l’avait happée par mégarde, et elle savourait maintenant l’étrange mélange des relents de cuisine étrangère qui suintaient d’arrière-cours retirées et de l’odeur d’une peur légère et enfantine : elle s’était perdue. Un frisson courait le long de ses bras nus en faisant éclore de petites gouttes de sueur, aussitôt asséchées par le souffle d’air chaud qui s’engouffrait sous les porches voisins, exhalés par les bouches d’aération du métro souterrain. Pas de station proche. Ni plan ni panneaux d’informations, pas même une boutique dont l’enseigne aurait pu lui fournir une indication sur la situation géographique des lieux. Sans plus forcer son allure, elle continuait d’avancer. N’osant ralentir, elle limitait sa curiosité à des œillades furtives vers l’entrée des ruelles qui s’ouvraient de part et d’autre de la chaussée inconnue. Elle ne se sentait pas en danger, mais elle devinait quelque regard curieux dissimulé par des persiennes écaillées, et s’écartait imperceptiblement des rideaux bariolés qui remplaçaient ça et là les battants de portes.

Enfin, apparaissant au détour de l’avancée massive d’une ancienne construction de briques sombres, avec l’effet saisissant d’un mirage, l’oasis bruyante d’un bar à tapas emplit l’espace devant elle. Protégé par un demi-cercle vert brillant de citronniers en pots, l’endroit semblait frais et accueillant. Avec la même soudaineté que cette apparition réconfortante, elle prit conscience de la soif et de la fatigue, et sans prendre le temps de choisir un emplacement particulier elle se laissa choir sur le premier siège libre derrière une table carrée, sans doute taillée dans un bloc de métal recyclé et peint à la main.

26/07/06

Publié dans boussole au sud-ouest

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

mariev 15/08/2008 22:59

j'aime beaucoup, on y est en lisanten plus ... c'est assez bizarre ... ton texte commence et se termine quasiment comme l'un des miens, et même si le contexte n'est pas le même, une idée un peu similaire "flotte" dans les lignes, ton héroïne s'est perdue et savoure cela, la mienne se perd volontairementattention, je ne parle pas de soupçon de "copie", là (je vérifie les dates, ce serait impossible!), non, non, je parle de cet étrange frisson qui m'a parcourue et du sourire étonné que ton texte a fait naître; ainsi donc, nous ne sommes pas si seuls (ou quelque chose dans ce goût-là)à bientôt!  ;)

planeth 03/05/2007 16:09

j'adore le passage de la rêverie poétique à la triviale réalité:on devine presque le "put...j'ai soif!" ('fin, version planeth brûtasse  ;0))

Eryn 07/05/2007 14:39

LOL en version perso : p-t-- j'ai mal aux pieds comment j'vais repartir ???

Loïs de Murphy 20/04/2007 18:19

En effet on a des points communs :o)

Eryn 25/04/2007 18:00

au moins quelques rues ! ;-)

Kildar 18/04/2007 13:40

Celui là il était sur Mosdits...
Mais c'est toujours un plaisir à lire et relire..

Eryn 25/04/2007 18:00

merci :-)