Bike-jacking

Publié le par Eryn


Photo empruntée ici

 Pour ce qui concerne l’évènement : je n’y étais pas, aussi le texte qui suit n'est que la vision / fiction d’une scène telle que je l’imagine. Ne connaissant pas la victime je lui ai prêté les traits de tel ou tel copain motard, ressurgi de ma mémoire d’ancienne – très ancienne – « routarde ».

Mais comme il s’agit hélas d’un fait réel, vous pouvez consulter les articles suivants :

 

La Dépêche, article du 10/10/2008 

La Dépêche, article du 11/10/2008 

La Dépêche, article du 12/10/2008 



Ecriture Ludique, exercice 58 : mots imposés et synonymes

présence, compagnie, fraîcheur, régularité
compas, boussole, jambe, règle gémir, murmurer, réclamer, ronchonner
fidèle, adepte, constant, immuable
convaincant, décisif, persuasif, péremptoire
loup, bête, masque, rusé
rapide, chute, éphémère, fugitif
parallèle, clandestin, recoupement, tranchée
courbe, arabesque, cambrure, diagramme
tendre, converger, graviter, écarteler



La traversée de la ville ne lui prenait que dix minutes, mais certains jours ça tenait du sport de combat. Louvoyer entre les taxis dédaigneux du code la route et les piétons inconscients traversant à l’aveugle, ne pas quitter des yeux les véhicules se profilant dans le rétroviseur sans se faire arracher celui-ci dans le dangereux frôlement d’un dépassement intempestif, tout cela demandait une maîtrise de chaque geste, à chaque instant.


Dans l’agitation habituelle d’un début de soirée la présence d’un autre deux-roues venant lui tenir compagnie au feu rouge n’avait rien pour attirer son attention.

Sur le pont, les rayons du soleil déclinant faisaient miroiter à peu près tout : rambardes, carlingues et autres poteaux indicateurs, un paysage métallique se reflétant dans la fraîcheur du fleuve en contrebas. Avec la régularité d’une horloge, le trafic cessait puis reprenait. Derrière lui le flot s’était arrêté à l’intersection précédente. De l’avantage de la moto, avoir ainsi une longueur d’avance et respirer un peu.

Lorsque l’autre équipage motard – deux hommes en selle - vint se placer près de lui comme une branche de compas lui fermant la route il n’eut pas le temps de penser qu’ils étaient peut-être des amis qu’il n’aurait pas reconnus sous les casques ou des frères de la route en quête d’un renseignement… Déjà l’un d’eux se ruait sur lui et tentait de le désarçonner pour lui voler sa monture. Quoi, une agression ? Ici ? On lui faisait ça à lui ? Pas question de se laisser intimider, de laisser son rythme cardiaque s’affoler comme une boussole dans le champ magnétique de la ville de métal… Il devait se battre, repousser du coude, du pied, de la jambe (ne pas lâcher la bécane !) celui qui osait s’en prendre à lui ! La règle voudrait que l’assaillant recule face à une telle résistance, sous le regard des nombreux témoins qu’on imaginerait prompts à voler à son secours… Au lieu de cela ce fut la lame d’un couteau qui ajouta son éclat mortel au tableau.  Avant que l’homme blessé, à terre, ne commence à gémir de douleur les voyous avaient disparu et sa moto avec eux. Le souffle coupé, il murmura à l’automobiliste qui se précipitait à son secours qu’il allait bien, il était atteint au bras mais rien de grave, l’urgence c’était de les poursuivre, de les attraper, de les arrêter. Il réclamait justice et ronchonnait déjà en songeant à la galère des démarches : médecin, papiers, police…
Vaine poursuite. Au retour du bon samaritain – ou de quelqu’un d’autre peut-être ? Il ne savait plus, sa vue se brouillait – son état s’était aggravé, ses blessures devaient être plus sérieuses qu’il n’y paraissait. Son esprit se concentrait sur la seule image qui le maintenait en colère et en éveil : un inconnu prenant la fuite aux commandes de son fidèle destrier… Il n’était pas un adepte de la violence et était d’un naturel constant et calme mais pour le coup, le désir de vengeance devait le garder conscient.

Rien n’est immuable… Sa vie comme son humeur venait de basculer.  Les heures puis les jours suivants ne furent qu’une lutte désespérée. Son foie était touché et ni la force de son jeune âge ni le savoir convainquant de la médecine ne furent en mesure de réparer.

 

Mais que fait la police ? L’agression n’est pas la première du genre mais cette fois il y a eu mort d’homme.

Les motards sont en colère. Il faut réagir, le dire, le faire savoir. Bien-sûr il faut penser à sa famille, ne pas agir trop vite au risque de choquer mais, attendre n’apporterait rien non plus. Le moment est décisif, il faut alerter les médias, être persuasif, forcer la main au destin. Dans les sphères sympathisantes le ton se fait péremptoire : il faut faire chauffer la gomme pour montrer qu’on est nombreux sur la route. Montrer qu’on n’a pas peur de dire qu’on refuse d’avoir peur ! Cela se fera dans le calme. Même le vieux loup solitaire rejoindra la meute hurlante des moteurs de toutes cylindrées, un brassard blanc sur son blouson noir. Celui-là préfèrerait sans doute donner la chasse à la bête immonde qui a déshonoré les rangs, un casque anonyme en guise de masque et qui rôde quelque part, tout près, tel un rusé renard à l’affût de sa prochaine victime…

 

La mise en place rapide d’une action prend forme grâce au flux internet, rapide comme un bolide. La presse locale relaie l’information – hélas boudée semble-t-il par la nationale trop occupée à débattre de la chute des organismes financiers et peu émue de l’éphémère destinée d’un ange de la route – et couvre la manifestation : quelques cinq cent motards réunis sur le Pont Saint-Michel un samedi après-midi, plus encore attendus le samedi suivant.  Au sortir d’une anodine visite au parc des expositions, les passants auront été saisis d’un trouble fugitif devant l’attroupement calme, encadré d’un dispositif de sécurité en gilets jaunes.  Certains auront guetté les infos du soir en guise d’explication, en vain. Un tel rassemblement par beau temps, avec le vent d’Autan qui décoiffe les hippies tout de cuir vêtus, ça ne peut être qu’une chouette virée de petits veinards… La nostalgie d’une vie parallèle en roue libre effleure le rêveur, mais demain c’est dimanche, et à moins de tomber sur la dernière édition en ligne des potins du coin on ne saura rien.

J’insiste lourdement : serait-il donc un mort clandestin que le grand public n’a pas à connaître ?

Je m’arrête là des mots imposés. Pas qu’ils soient inexploitables mais justement c’est le mot qui me pose problème, le fait d’avoir exploité ce sujet me met malgré tout un peu mal à l’aise et l’écriture en est devenue épuisante. Je crois que j’avais besoin de mettre des mots sur tout ça… L’exercice m’a fourni l’occasion de le faire de manière plus sobre que l’indignation me l’aurait dicté. D’ailleurs je crois que je n’aurais rien écrit du tout.

Publié dans je rends ma copie !

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Lauryle 16/10/2008 17:37

La consigne disait d'utiliser une dizaine de mot. ça n'est pas de ta faute si leurs synonymes sont veus d'eux même... pour en revenir au texte lui même, j'espère qu'il ne m'arrivera jamais une mésaventure pareille et je dois dire pleine de confusion, oui, il fut un mort clandestin que le public n'a connu que lorsqu'il n'en a eu son infrmation, et est re devenu inconnu au mort suivant... triste.

Eryn 18/10/2008 15:55


merci pour ta vision fataliste et déculpabilisante de la consigne ;-)

hélas, on s'habitue plus qu'on ne croit à cette "fatalité" là...


Kildar 14/10/2008 18:52

Hummmm...C'est rapide et saccadé comme quand on s'élance sur sa bécane, poignée des gaz "à fond", passant les rapports à l'arrache...Tu n'y étais pas mais cela n'en est pas moins "réaliste".

Eryn 14/10/2008 19:29


j'devais être un peu crspée sur la poignée - non pardon sur mon clavier... merci pour le "réaliste"...


eryn 14/10/2008 15:32

auto-commentaire : j'ai mangé une partie de la consigne, il ne fallait utiliser à chaque fois qu'un mot au choix de chaque groupe de 4 synonymes... je trouvais aussi qu'il y avait beaucoup de mots !!! Bon, enfin, le sujet m'a quelque peu écarté du ludique et obscurci les idées. Je ferai "mieux" une autre fois.