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C'est quoi ?

  De contradictions en (contre) "addiction" je laisse parfois filtrer des bribes de mon bric à brac personnel. Un peu de rêve, quelques bouts de fils et surtout beaucoup de remue-méninges !

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Vendredi 19 septembre 2008

Un battement de cils. Moins d’une seconde pour percevoir l’improbable présence de l’homme qui se tenait à quelques mètres d’elle, figé dans la veste beige qu’elle connaissait si bien. La seconde d’après elle avait baissé les yeux.

 

Le regard rivé sur le bout de ses chaussures elle comptait mentalement à rebours sa dernière minute d’insouciance : soixante, ce n’est pas possible. Cinquante-neuf, cinquante-huit, cinquante sept… L’image s’accrochait à ses rétines tandis que le bout des chaussures disparaissait au travers du flou des larmes naissantes ; cinquante-six, cinquante-cinq, cinquante quatre… Les nombres martelés dans son crâne semblaient incohérents, elle allait perdre le fil si elle ne se concentrait pas un peu. Elle ferma les paupières jusqu’aux chiffres.

Dix. Elle redressa lentement la tête. Huit, sept, six, cinq, quatre, trois, deux…

 

Un coup d’œil rapide sur sa montre lui apprit qu’elle n’avait pas dû scander le temps trop vite ou trop lentement : elle avait rendez-vous à la demie et se trouvait donc devant cet immeuble depuis une bonne minute, selon ses habitudes de ponctualité. Pourquoi s’adonner à cette dérisoire gymnastique mentale sur le temps passé dans un pareil moment ? L’imminence du désastre semblait être une réponse logique. Se raccrocher à des trucs terre-à-terre lui avait toujours évité d’être déstabilisée. L’homme affichait sa propre décontenance : il n’avait pas avancé d’un pas, ses épaules raidies tremblaient et son regard noir perdait de son intensité. Il la regardait maintenant comme une chose étrange, étrangère, incongrue, déplacée. Déplacée devant cette entrée d’immeuble qu’il jaugeait du coin de l’œil sans tout-à-fait décoller son regard de la jeune femme. Elle s’apprêtait à y entrer lorsqu’elle avait perçu sa présence et maintenant elle attendait, tournant le dos à l’entrée et lui faisant face, dans une immobilité agressive, offensive et défensive à la fois. Ils étaient comme deux ilots de rochers déviant le courant des passants ; l’un deux heurta son épaule comme pour lui signaler que ça avait assez duré et il traversa à grandes enjambées l’espace qui le séparait d’elle. Sans un mot il lui attrapa le bras et la conduisit sans ménagements vers la terrasse d’un café voisin. Tandis qu’il hélait le garçon il l’entendit confier à son téléphone d’une voix posée qu’elle était désolée, un empêchement, elle rappellerait… Dans une heure ? Oui c’était possible, merci.

Moins d’une heure pour s’expliquer ? A quoi bon puisqu’elle ne semblait pas prête à changer d’avis. Mais si le hasard avait voulu qu’il croise son chemin à cet instant précis c’est qu’il restait peut-être quelque chose à faire ou à dire. Non, il ne l’avait pas suivie. Elle n’allait pas, par pitié, ajouter cela à la longue liste de ses griefs.

Bien-sûr elle ne le croyait pas. Ou du moins ça l’arrangeait, trouvant ainsi un prétexte à la colère, masquant le mélange de frustration et de peur qu’elle ressentait à avoir été découverte. Elle n’avait pas prévu d’en parler avant. Le mettre devant le fait accompli faisait partie de son plan pour se sentir forte. Comme il la questionnait du regard elle plongea ses lèvres dans la mousse de sa bière et secoua la tête. Elle n’avait pas le temps, pas maintenant.

Dans un dernier refus de la fatalité l’homme abattit une main ferme sur sa main levée et le contenu du verre se répandit sur les genoux de la jeune femme. Elle allait devoir rentrer se changer. Il ne pouvait pas dire qu’il avait gagné une heure qui tirait à sa fin comme une parenthèse creuse mais il venait de lui en voler quelques autres.

Monsieur l’avocat attendrait bien jusqu’à demain.



Sur une proposition d'Exercice
d'Isa/Zabilou dans la communauté "écriture ludique" 
Développer un texte sur le thème du temps qui s’écoule (le temps pouvant concerner une action précise (sport, devoir, travail, plaisir, sortie) ou une idée plus générale comme la vie

Seule obligation, 1 paragraphe/strophe par espace temps (1 pour la seconde, 1 pour la minute,  etc...).


On peut décliner sur plus de temps (rajouter la journée, le mois et l’année)
Par Eryn - Publié dans : je rends ma copie ! - Communauté : Ecriture Ludique
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